- Chinoiseries -

Discordances.

Posté le 2/06/2008 à 21:12 dans Semblances
Lorsque vos paupières sont cimentées d’inconcevable. Omniscience. Face aux verrous recouvrant vos babines dentelées d’incertitude. Perronelle. Sous un halo de ronces épineuses et salées. Brisée par le clapotis délicat et fringuant d’une illusion. Le silence latent qui s'étend et saigne jusqu'à la cendre. Celle poussiéreuse, dans laquelle je me matérialise. A vous, l’embrasement abscons ! Le roulis des mers occises au relent bestial. L’opium des peurs que l'on grave sur la grève quand vous feignez l'assurance innée. Je m'abreuve de vos oasis lorsque vous vous asséchez. Je me végétalise durant votre sommaire élémentarisme. L'immuable absolu. L’adiaphorie anesthésiant comme un point blanc dans le noir de nos amertumes diaphanes.

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Sur le thème "Différence"...

Entre haïs et un thé.

Posté le 2/06/2008 à 21:08 dans Semblances
Je bois, tu vois. Les rosées parme qui caramélisent mes pensées. Je m'abreuve au gré des inepties passagères. Voyage transcendantal que sale un peu cette harmonie qui nous fait défaut. Un doigt seulement de spontanéité. Un verre d'acidité entre tes doigts brunis. A cris de griffes. La mansuétude de nos effusions qui pleurent, quelque part, en trahis et un thé. Tiraillent enfin mes zygomatiques. Le soubresaut de l'hilarité. Pourquoi ces prunelles saphir étonnées ? Du jade à tes lèvres moqueuses, dubitatives. Moue offusquée. Ne rêvions-nous pas la folie lyrique et abêtissante de nos égratignures ?

Elles coagulent et nous muons.

Le rêveur de corps.

Posté le 2/06/2008 à 21:02 dans Semblances
Je jette l'ancre où s'encre
Les rives mordorées des prunelles
Pleines d'extase, à mon pupitre de cancre
Sur lequel s'évapore la volupté accidentelle.


Sensuelle, belle même lorsque le rimmel coule de ses ailes bordant l'éclipse de ses iris cristallisés. Je danse, j'avance, je feins de ne rien voir et continue d'inventer des sortilèges le long de sa peau de granit, où je calligraphie des runes au mystère enchanteur. Le long des coteaux nus de sable, à peine revêtu de rochers, j'escarpe un dénivelé et je m'égare le long d'une courbe nonchalante qui s'émeut avec tendresse sous le soleil badin. La moue de ses lèvres coquelicot évoque le supplice charmeur des bouderies qu'elle pourrait m'infliger. J'enlace son buste lactescent, au port altier, et je contemple le silence d'un soupir. Un dégradé de flammes s’érige, tout contre son sein palpitant où se love le désir électrique et instable. Là, un bras à la splendeur laiteuse qui se relève. Ici, une cuisse dentelée de résille invisible que surplombe un triangle au mont interdit. J'esquisse enfin quelques entrelacs évasifs pour ne devenir qu'un simple créateur. Un simple rêveur de corps, gardien de statues inanimées.

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Sur le thème du corps pour un appel à texte...

Un monde d'odeur

Posté le 16/08/2006 à 06:11

Il y avait ce froufrou de tissus que je distinguais à travers la porte, dont la lumière filtrait légèrement. L’aube n’était pas loin, mais ce n’était pas encore l’heure pour moi de me lever. Emmitouflée dans les draps de flanelle, enserrant mon doudou de l’époque, j’écoutais les moindres sons diffus de vies éveillées, et cette agitation matinale qui nouait mon estomac. Je me rendormais jusqu’à ce que la porte s’entrouvre, laissant pénétrer la douceur maternelle enveloppée d’un jardin de violette. Elle déposait un baiser sur l’une de mes joues. En partant, ma tante laissait ainsi flotter ce parfum magique et fugace. Quelques heures plus tard, d’autres effluves parvenaient à mes narines. C’était le moment prompt pour montrer mon minois ensommeillé à la cuisine, et voir ma grand-mère préparer mon petit déjeuner. Des brioches, des tartines de confiture à la fraise avec un grand bol beige, sur lequel figurait mon prénom, rempli de chocolat chaud. La fameuse boite jaune avec le personnage noir dessus, banania, restée la même avec le temps, le souvenir en plus. L’estomac bien rempli, un débarbouillage en règle et des vêtements frais sur le dos, sentant la lavande ou bien la lessive dont les boites recelaient toujours maints trésors, j’accompagnais ma grand-mère au marché. Avec toujours, ce nez fureteur à la recherche de senteurs diverses qui marqueraient à jamais ma mémoire. Au retour, je pouvais farfouiller à mon gré dans la bibliothèque, ou bien aller jouer et inventer un monde à part. Un monde à mes pieds que je pouvais contrôler. Chaque mercredi ainsi fait pour oublier l’épée de Damoclès qui pesait sur mes frêles épaules…

 

Parcelle.

Posté le 9/08/2006 à 05:30

Les larmes sont venues. Comme un soubresaut final, dans le silence noctambule. J'étais ces milliards d'humains qui hurlaient leur manque d'amour, comme on hurle de rage sous la pleine lune. Le chant de l'indicible fêlure,  l’opaque fragile qui se liquéfiait de mes iris aveuglés. Décomposée en gouttes salées sur le carrelage de ma froideur illicite. L’ectoplasme reprenait sa forme initiale. Humaine. Femme et humaine. L’empathie du monde et de ses lendemains dans les déboires immoraux, les frasques des lumières ternies. J’ai oublié de respirer dans ma stratosphère. J’ai oublié le clapotis mélodieux de la tristesse figée, camouflée sous une bulle. Protection éphémère et vitale. Le néant intérieur déversé, comme des vomissures écarlates sur le bitume du mutisme ambiant.  Et la lumière fut !

 

 

Ballade de Toto

Posté le 1/08/2006 à 05:44

Toto, je l'aimais bien. On était assis l'un à côté de l'autre à l'école. Moi, j'étais arrivée après les autres, bien après la rentrée. Mon papa et ma maman, y s'étaient séparés.  Je suis restée avec papa. Ma maman elle voyageait beaucoup, et papa y disait que c'était une pute. Je ne sais pas ce que c'est qu'une pute, mais je sentais que ce n’était pas gentil. Donc on a déménagé avec papa, et je suis arrivée dans cette école. Il y avait une grande cours carrée au milieu, avec quelques arbres. Il y avait pleins d'enfants comme moi, mais les enfants ne m’aimaient pas. Sauf toto. Pour les autres, j'étais la binoclarde toute grosse. J'étais le "sac à merde". J'étais moche sauf dans les yeux de Toto. A la récré, c'était le seul à venir me parler. Y me faisait bien rigoler. En classe aussi, même que la maîtresse elle n’arrêtait pas de nous disputer parce qu'on riait tout le temps ! Toto y faisait des dessins bizarres avec des animaux morts et des crânes. Puis il me racontait des histoires avec toujours plein de sang. D'ailleurs toto, il aimait bien les films d'horreur. Moi je n’avais pas le droit de les regarder, alors il me racontait. C'était drôle. Et puis un jour, il m'a demandé d'aller avec lui dans les toilettes. Il avait quelque chose à me montrer qu'il m'a dit. Alors je l'ai suivi. Les autres étaient jaloux et y sifflaient. Toto, il leur a fait son regard. Ben ils n’ont plus rien dit. Moi, j'étais fière car Toto, c'était mon protecteur ! Et puis si il se mettait en colère...

 

Je l'ai donc suivi dans les toilettes, et là il a sorti une boite de sa poche. Dedans, il y avait un rat. Il avait les yeux exorbités ! C'était très drôle et il sentait la mort. Mort aux rats ! J'en rigole encore. Puis toto, il a finit par sortir un briquet et il l’a fait cramer. L'odeur que ça avait toto l'avait sur lui, et j'aimais bien l'odeur de toto. Puis il l'a jeté dans les toilettes. Il ne voulait pas qu'on se fasse disputer par le dirlo. Après il a sorti une cigarette, il l’avait sûrement piqué. Il m'a fait fumer. Au début, j'ai cru étouffer mais j'ai bien aimé parce que ça tournait un peu la tête. Et là toto, il a voulu faire comme dans les films ! Les bisous de cinéma…

 

Alors il a approché sa tête et il a mis ses lèvres sur les miennes. C'était doux et chaud. On n'a pas mis la langue ! Enfin… On a essayé mais on s'est cogné les dents ! Ca nous a fait rigoler. Puis après toto, il a voulu jouer à un autre jeu de grands. Un jeu qu'il avait vu dans les films, mais pas les films d'horreur. Là il m'a dit qu'il voulait jouer à touche-pipi. Moi, j'ai dit oui. Il a mis sa main toute froide dans ma culotte, et il a touché. Ca m'a fait un drôle d'effet, puis j'ai pleuré. Toto, il n’aimait pas quand je pleurais. Ca lui donnait des coups de poignards dans le coeur, qu'il disait. Puis là, je lui ai expliqué que j'avais déjà joué à touche-pipi avec papa. C'était son jeu favori, il adorait ça ! Et moi, j'aimais bien faire plaisir à papa parce que s'il se mettait en colère, ben il me faisait mal avec ses mots qui me faisaient pleurer. Papa, il disait que si je ne lui faisais pas plaisir, et que je n’étais pas une gentille petite fille obéissante, il m'abandonnerait chez les gitans ! Et les gitans, ce n’étaient pas des gentils ! J'ai raconté tout ça à toto, puis je pleurais et je savais pas pourquoi. Je voulais faire plaisir à papa, mais aussi à toto. Je n’étais pas sure que papa veuille que je joue à touche-pipi avec toto. Finalement on a arrêté, toto y m'a fait un autre bisou sur la bouche mais il a jamais plus rien dit après. On rigolait toujours, mais plus jamais il a voulut jouer à touche-pipi. Puis un jour, j'étais devant les portes de l'école. J'attendais papa, pour qu'il me ramène à la maison comme chaque jour. Mais papa, il n'est plus jamais venu me chercher. C'est maman qui est arrivée. Elle m'a dit que papa, il était parti pour un long voyage, mais que je ne devais pas être triste parce que papa serait bien plus heureux là-haut...

 

 

 

écrit en juin 2005

Nadine

Posté le 29/07/2006 à 03:16 dans Semblances

Le boulot, les gens, le métro. Je m’assois sur un strapontin. Il fait lourd et la fatigue s’accumule en valise sous mes yeux englués. Je réprime un bâillement. J’ai la flemme d’ouvrir le bouquin qui traîne au fond de ma sacoche depuis des semaines, et qui reste là en compagnon délaisser. Je suis un infidèle par nature, je n’aime pas les complications. J’évite les problèmes autant que cela peut m’arranger. Un fil de pensées m’envahit. La nostalgie de ce mariage raté, quand ma femme m’attendait sagement à la maison, préparant le repas. Elle m’embrassait alors furtivement, et me demandait si tout s’était bien passé. Si j’avais bien travaillé, si mon patron ne m’avait pas trop ennuyé, si j’avais bien bouclé tous mes dossiers. Si j’avais songé à demander mes congés en juillet car tel week-end on était invité chez sa mère, et que le reste du temps on serait en virée dans sa famille, et que je devais apprécier ce qu'ils avaient fait pour moi... Du silence, du calme. J’ai prié longtemps pour les connaître, si longtemps…

Au début, je répondais de façon détaillée afin de la rassurer. A force, mon dialogue devint monosyllabique. Oui, non. Les années défilant, je voyais toujours ce même visage, ce même corps, ces mêmes manies. On faisait l’amour toujours de la même façon, on partait en vacance tout le temps aux mêmes endroits, on dînait une fois par semaine dans le même restaurant. C’était devenu fade. Elle avait mis un point d’honneur sur sa carrière, et ne pouvait avoir d’enfant. J’étais aimant, attentionné, lui ramenais des bouquets de fleurs différents chaque dimanche avant l’entrecôte pommes frites. Oui, je l’aimais. On s’était connu par le biais d’amis, tout s’est enchaîné. Les rendez-vous, les baisers, les nuits sans fin sous la couette, puis les fiançailles, le mariage et… Ce fut tout. J’ai mis des années à réfléchir, à savoir quoi changer. A décortiquer ce qui me dérangeait.

Apparut alors Nadine. Un beau brin de fille. Brune aux yeux verts, plus jeune et incroyablement désirable. La candeur et la spontanéité incarnée, pleine de rêves, d’envie de voyage. Notre rencontre s’est faite sur un malentendu. Un dossier égaré. On l’avait envoyé me voir. En formation depuis quelques jours, elle s’était perdue. Serviable, j’optais pour devenir son guide.

Un café, des bavardages, des babillages. De la fraîcheur. Je pourrais user de stéréotypes pour en parler, comme le reste de ma vie, mais non. Elle était différente. C’est tout.

Elle me fit découvrir des choses insoupçonnées me frappant de plein fouet. Du plaisir à s’en damner. S’en damner ? Oui, et je pèse mes mots. Elle m’a descendue dans les bas fonds de l’âme humaine. La déchéance, la luxure sous toutes ses formes. Vous pouvez imaginer le pire, vous êtes encore loin du compte, mais je vous laisse vous faire une idée. Elle m’a tout pris, huit ans de mariage volé en éclat, et une vie décadente au possible. Puis je ne sais plus, je ne sais pas. J’ai ressenti une douleur intense mêlée à la jouissance suprême, dans ma nuque. Ensuite le trou noir. J’ai été porté disparu une semaine, avant que l’on me retrouve au fond d’un caniveau. Elle avait montré sa vraie nature, mais je ne me souviens plus bien. Juste de son visage pâle, de ses lèvres et de son kimono. J'ai longtemps prié pour connaître le calme et le silence. Ne me reste plus d’elle qu’un parfum éteint au creux d’un éventail en dentelle.

 

 

Dévoilée

Posté le 28/07/2006 à 04:56 dans Semblances

Ils l'avaient séquestré dans son mutisme. Lapidé d’insultes, et de ces regards qui glacent l’ego fragile de l’hémoglobine. La couleur fade des pavés avait déteint sur le ciel, ou peut-être était ce la toile monochrome qui recouvrait leurs corps de pantins menaçants ? Des feuilles d’automne à la plissure des yeux, les bras ballants, elle semblait être un ectoplasme parmi le grondement. Parmi la vibration ultime du soubresaut colérique qui étreint les âmes pénibles et survoltées. De marbre et placide, elle leur montrerait à tous ! Que des corps empêtrés sur le sien tentent de lui arracher un cri, le moindre émoi ! Que les corbeaux au plumage fuligineux viennent lui arracher des orbites ses  prunelles opaques ! Ses lèvres resteront scellées. Elle se déchaussa, ôta sa longue jupe sombre. Elle retira son chemisier souillé de boue. Elle dégrafa son soutien-gorge, et fit voler plus loin le reste de tissus qui recouvrait encore sa peau de porcelaine. Nue comme Ève, elle attendit. Patientant. Quand enfin… L’absolution !

 

 

Souillure

Posté le 28/07/2006 à 04:13 dans Semblances

Le goût âcre de la souillure parfaite. Il l'avait fait pour moi. J'aimais ainsi frôler sa peau lorsqu'il dormait, laisser ma chevelure vagabonder sur son torse, et mordiller sa nuque jusqu'au sang. Parfois laisser la porte de la salle de bain ouverte pour qu'il m'y rejoigne, qu'il me reluque jusqu'à l'aversion. Chaque contour, chaque forme, chaque esquisse, chaque balancement de hanche... Pour moi et moi seule. J'aimais laisser traîner des photographies sur le lit, dans la cuisine et le salon sans pudeur aucune. Je sais qu'il les admirait quand je n'étais pas là, jusqu'à l'émotion. Il l'avait donc fait ce matin. Il avait ce sourire satisfait de quelqu'un qui avait atteint la perfection. Il avait mis son veston en cuir, vêtement fétiche des bons jours sur un jean délavé et crade. Souillé. Il a badigeonné d'essence la maison dans les moindres recoins en terminant par la salle de bain. Là, il vit mon reflet dans le miroir. Ma nudité le faisait bander. Il savait qu'il ne me reverrait plus. Plus jamais comme avant. La baraque a pris feu, et lui dedans.

 

 

Compagnie.

Posté le 28/07/2006 à 04:09 dans Semblances

Quartier latin. Soirée fade, je titube contre vents et marées. Le flot continu et habituel de touristes qui égrènent les restaurants et autres lieux de beuverie. Je me sens nauséeux, sale, poisseux. Ma chemise blanche me colle à la peau, et je sens sur moi les relents de tabac froid, et de sueur. Je dépasse le théâtre de la huchette, puis je m’engouffre enfin dans le couloir frais dont l’escalier mène à mon appartement. J’ai les yeux rougis par la fatigue, et l’alcool. Je soupire, finissant par trouver la bonne clef ouvrant la porte sur mon antre. Un bordel innommable. Je jette ma veste dans un coin, déboutonne non sans mal ma chemise. Je m’apprête à prendre une douche bien méritée, lorsque mes yeux s’attardent sur le salon. Tout est propre, nickel chrome, rangé. Ce n’est pas normal, impossible même ! Si j’avais engagé une femme de ménage, je serais au courant. Mon regard finit par retomber sur le sofa. Elle est là. Je frissonne. Dans son écrin vermillon de rebelle gothique, elle me sourit. De son visage de porcelaine, aux yeux noircit de khôl. Elle n’est que sourire. Je la reconnais vaguement, mais sa présence me surprend tout en me rassurant. On dirait une geisha. Je reste béat, obnubilé par son sourire impassible. Une poupée. De vagues pensées malsaines me viennent à l'esprit. Mon pouls s'accélère, vague désir lubrique. Libidineux. Mon estomac se noue, se dénoue. Je cours aux toilettes.  La souillure sur l’éclat laiteux.

 

 

R2D2

Posté le 23/11/2005 à 16:19

J'ai longtemps vu la noirceur des âmes, plantées là, comme autant de colonne de chairs sur le bitume de nos amertumes. Des colonnes stoïques, affaissées, larmoyantes, mal-baisées, qui se chevauchaient comme des soldats sur un champ de bataille, au matin, en descendant les escaliers du métropolitain parisien. Des tâches blanches, beiges, marron, jaunes, noires. Des tâches comme des pixels inoffensifs, sur l'écran visuel de mes yeux crevés de fatigue.

Hier encore, je m'enfilais un litre de substance éthylique. Le flou des humeurs bagarreuses. Un pas devant l'autre, j'avais déjà omis la veille, titubante, dans cette masse à l'odeur incertaine. Etre un robot parmi d'autres robots, copier l'imagination infertile des autres, dans cette cadence mouvante. Marcher de la même façon, vêtue de la même façon, parlant de la même façon, déprimant de la même façon, ressentant de la même façon. La même façon, manière et autres synonymes désuets, du pareil au même, c'est dérangeant. Stéréotype même, d'une folie égrenant à tout va le monde et son bien-pensant. Je rejoignais donc ma tour de Babel, encore entière, et soigneusement protégée par des policiers en arme, fouillant sacs, inspectant la moindre mimique, le moindre sourire ironique. Chercher des suspects, des traîtres à la patrie, immigrés, poseurs de bombes et autres de ce genre. Je ne suis qu'une tâche blanche, sortie des testicules de mon père, pour profiter d'un nid ovulé dans les entrailles maternelle. Une tâche blanche, restée intacte, sans couleur. Peut-être un tantinet fade, mais qui n'attire pas les regards, passant inaperçue dans le flot bigarré humanoïde de mes confrères bipèdes, qui pensent donc qui sont. Je pense aussi donc je suis. Parfois mieux vaut éviter de trop penser, cela donne des idées mal perçues par les autres. Il y en a qui souffrent, du mal d'amour, qui se plaignent avec un portefeuille bien rempli. D'autres qui crèvent de faim et qu'on laisse dans le fossé. La lutte finale, l'esclandre des laissés pour compte. D'un trottoir frigorifié en hiver, aux banlieues qui crament, toujours la même guerre. Jamais assez de fric pour vivre, des queues pleines aux supermarchés des restos du coeur. Des batailles sans vainqueur aux pays des pauvres, toujours les même rengaines depuis la nuit des temps, comme la pyramide alimentaire. Les plus forts bouffent les plus faibles. Tout le monde le sait, et la répression, et l'indifférence s'installent. Les banlieues ne sont que des carrés de briques. Les gens dedans, des humains. L'on se permet pourtant de les mettre dans des catégories à part, comme des pestiférés. Je suis pestiférée, puisque je vis dans un de ces carrés de briques. J'avance dans les couloirs blafards de ma tour de Babel. Je m'installe à mon poste payé au SMIC horaire. Là, j'imite à la perfection mes collègues, casque sur la tête à appeler une foule d'inconnus, pour leur demander s'ils n'ont besoin de rien. Un nouvel abonnement pour votre portable monsieur ? Une nouvelle formule mutuelle madame ? Etes-vous satisfaits des services de notre société « machin banque » ? Raccrochage digne, poli ou enflammé, cinq minutes de conversation, rarement plus. Présente pour faire du chiffre, présente pour être sympathique avec une voix souriante, mais au texte pré écrit, tout est chronométré, rester chaleureuse en faisant le robot. Marketing, commerce, pas d'argent. Au moins je paye mon carré de briques.

 

[11/05] Erythrocyte robotisé.

Posté le 18/11/2005 à 16:08

Chaque soir, la télévision aux multiples images hétéroclites me parle. Tellement bavarde que je zappe, alors que sur l'écran une blonde au t-shirt trop court, et au jean trop moulant jusqu'à prendre la forme de sa vulve, se dandine en s'égosillant sur des airs niais et abrutissants. Je zappe, les débats sans consistance, les ébats pornographiques, les films débiles, qui ne me transcendent pas, les réality... Je zappe, comme d'autres. Vis ma vie, bah tiens. Ca se discute, pourquoi pas ? J'ai beaucoup de choses à dire, en effet, tant et tellement que je me tais. Je préfère être un érythrocyte asphyxié, au fond de mon clic-clac, acheté en promo chez Ikea. Une hématie affligée, dans sa bulle chromée. Sans oxygène, j'arrive à ne pas étouffer. J'ai décidé, il y a fort longtemps de ne plus donner mon opinion ou mon avis, sauf en cas d'extrême urgence. Cela a fait aussi partie de mon éducation, mieux vaut s'exprimer peu que trop. Aussi, je ne parle plus que pour faire comme tout le monde, plonger le globule rouge que je suis dans la masse futile du monde disparate. Je préfère sortir une tonne de connerie à la face des gens, et passer pour l'idiote du village, et cela a son intérêt. Ainsi, j'évite en tout point les esclandres inefficaces, où tout les gens veulent avoir le dernier mot. J'évite de participer à des discussions sans fin, à laisser des options, où permettre à d'autres de me contrarier en rebondissant sur mes arguments. De plus, j'évite de les contrarier à mon tour. Comme cela, j'arrive à entretenir des relations stables et solides dans la banalité omniprésente, en parlant de sujets sans importance. J'ai décidé cela, il y a très longtemps au point de ne plus me souvenir quand. Le plus drôle dans tout ça, c'est que c'est arrangeant, car les gens ont l'avis facile vous concernant. Ainsi, comme vous ne donnez aucun avis sur rien, ils se posent des questions, et finissent par parler de vous en termes gentillets au début, vue que vous restez toujours sympathique, et qu'ils peuvent à outrance, parler d'eux sans être contrarier. Puis, par la suite, la donne change. En effet, ils se mettent à vous suspecter de snobisme. Là, vous devenez l'être le plus intéressant qui soit, puisqu'on parle de vous. En terme moins élogieux, mais n'est-ce pas merveilleux ? Vous avez ainsi l'ego regonflé de savoir qu'enfin vous existez pour ceux qui n'ont aucun miroir en face pour leur répondre. Sans faire aucun effort. C'est comme cela, que j'aime bien me sentir importante.

 

J'ai donc fait ce choix, de n'être qu'une hématie dans sa bulle. Sans consistance et sans oxygène, afin de ressembler à tous les gens ou presque. Comme ceux que je croise dans la rue, pour être comme eux, et me mélanger dans la masse robotisée d'un monde sans tête et sans poumon.