Ballade de Toto
Toto, je l'aimais bien. On était assis l'un à côté de l'autre à l'école. Moi, j'étais arrivée après les autres, bien après la rentrée. Mon papa et ma maman, y s'étaient séparés. Je suis restée avec papa. Ma maman elle voyageait beaucoup, et papa y disait que c'était une pute. Je ne sais pas ce que c'est qu'une pute, mais je sentais que ce n’était pas gentil. Donc on a déménagé avec papa, et je suis arrivée dans cette école. Il y avait une grande cours carrée au milieu, avec quelques arbres. Il y avait pleins d'enfants comme moi, mais les enfants ne m’aimaient pas. Sauf toto. Pour les autres, j'étais la binoclarde toute grosse. J'étais le "sac à merde". J'étais moche sauf dans les yeux de Toto. A la récré, c'était le seul à venir me parler. Y me faisait bien rigoler. En classe aussi, même que la maîtresse elle n’arrêtait pas de nous disputer parce qu'on riait tout le temps ! Toto y faisait des dessins bizarres avec des animaux morts et des crânes. Puis il me racontait des histoires avec toujours plein de sang. D'ailleurs toto, il aimait bien les films d'horreur. Moi je n’avais pas le droit de les regarder, alors il me racontait. C'était drôle. Et puis un jour, il m'a demandé d'aller avec lui dans les toilettes. Il avait quelque chose à me montrer qu'il m'a dit. Alors je l'ai suivi. Les autres étaient jaloux et y sifflaient. Toto, il leur a fait son regard. Ben ils n’ont plus rien dit. Moi, j'étais fière car Toto, c'était mon protecteur ! Et puis si il se mettait en colère...
Je l'ai donc suivi dans les toilettes, et là il a sorti une boite de sa poche. Dedans, il y avait un rat. Il avait les yeux exorbités ! C'était très drôle et il sentait la mort. Mort aux rats ! J'en rigole encore. Puis toto, il a finit par sortir un briquet et il l’a fait cramer. L'odeur que ça avait toto l'avait sur lui, et j'aimais bien l'odeur de toto. Puis il l'a jeté dans les toilettes. Il ne voulait pas qu'on se fasse disputer par le dirlo. Après il a sorti une cigarette, il l’avait sûrement piqué. Il m'a fait fumer. Au début, j'ai cru étouffer mais j'ai bien aimé parce que ça tournait un peu la tête. Et là toto, il a voulu faire comme dans les films ! Les bisous de cinéma…
Alors il a approché sa tête et il a mis ses lèvres sur les miennes. C'était doux et chaud. On n'a pas mis la langue ! Enfin… On a essayé mais on s'est cogné les dents ! Ca nous a fait rigoler. Puis après toto, il a voulu jouer à un autre jeu de grands. Un jeu qu'il avait vu dans les films, mais pas les films d'horreur. Là il m'a dit qu'il voulait jouer à touche-pipi. Moi, j'ai dit oui. Il a mis sa main toute froide dans ma culotte, et il a touché. Ca m'a fait un drôle d'effet, puis j'ai pleuré. Toto, il n’aimait pas quand je pleurais. Ca lui donnait des coups de poignards dans le coeur, qu'il disait. Puis là, je lui ai expliqué que j'avais déjà joué à touche-pipi avec papa. C'était son jeu favori, il adorait ça ! Et moi, j'aimais bien faire plaisir à papa parce que s'il se mettait en colère, ben il me faisait mal avec ses mots qui me faisaient pleurer. Papa, il disait que si je ne lui faisais pas plaisir, et que je n’étais pas une gentille petite fille obéissante, il m'abandonnerait chez les gitans ! Et les gitans, ce n’étaient pas des gentils ! J'ai raconté tout ça à toto, puis je pleurais et je savais pas pourquoi. Je voulais faire plaisir à papa, mais aussi à toto. Je n’étais pas sure que papa veuille que je joue à touche-pipi avec toto. Finalement on a arrêté, toto y m'a fait un autre bisou sur la bouche mais il a jamais plus rien dit après. On rigolait toujours, mais plus jamais il a voulut jouer à touche-pipi. Puis un jour, j'étais devant les portes de l'école. J'attendais papa, pour qu'il me ramène à la maison comme chaque jour. Mais papa, il n'est plus jamais venu me chercher. C'est maman qui est arrivée. Elle m'a dit que papa, il était parti pour un long voyage, mais que je ne devais pas être triste parce que papa serait bien plus heureux là-haut...

écrit en juin 2005