Un monde d'odeur
Il y avait ce froufrou de tissus que je distinguais à travers la porte, dont la lumière filtrait légèrement. L’aube n’était pas loin, mais ce n’était pas encore l’heure pour moi de me lever. Emmitouflée dans les draps de flanelle, enserrant mon doudou de l’époque, j’écoutais les moindres sons diffus de vies éveillées, et cette agitation matinale qui nouait mon estomac. Je me rendormais jusqu’à ce que la porte s’entrouvre, laissant pénétrer la douceur maternelle enveloppée d’un jardin de violette. Elle déposait un baiser sur l’une de mes joues. En partant, ma tante laissait ainsi flotter ce parfum magique et fugace. Quelques heures plus tard, d’autres effluves parvenaient à mes narines. C’était le moment prompt pour montrer mon minois ensommeillé à la cuisine, et voir ma grand-mère préparer mon petit déjeuner. Des brioches, des tartines de confiture à la fraise avec un grand bol beige, sur lequel figurait mon prénom, rempli de chocolat chaud. La fameuse boite jaune avec le personnage noir dessus, banania, restée la même avec le temps, le souvenir en plus. L’estomac bien rempli, un débarbouillage en règle et des vêtements frais sur le dos, sentant la lavande ou bien la lessive dont les boites recelaient toujours maints trésors, j’accompagnais ma grand-mère au marché. Avec toujours, ce nez fureteur à la recherche de senteurs diverses qui marqueraient à jamais ma mémoire. Au retour, je pouvais farfouiller à mon gré dans la bibliothèque, ou bien aller jouer et inventer un monde à part. Un monde à mes pieds que je pouvais contrôler. Chaque mercredi ainsi fait pour oublier l’épée de Damoclès qui pesait sur mes frêles épaules…
