Discordances.
Lorsque vos paupières sont cimentées
d’inconcevable. Omniscience. Face aux verrous recouvrant vos babines
dentelées d’incertitude. Perronelle. Sous un halo de ronces épineuses
et salées. Brisée par le clapotis délicat et fringuant d’une illusion.
Le silence latent qui s'étend et saigne jusqu'à la cendre. Celle
poussiéreuse, dans laquelle je me matérialise. A vous, l’embrasement
abscons ! Le roulis des mers occises au relent bestial. L’opium des
peurs que l'on grave sur la grève quand vous feignez l'assurance innée.
Je m'abreuve de vos oasis lorsque vous vous asséchez. Je me végétalise
durant votre sommaire élémentarisme. L'immuable absolu. L’adiaphorie
anesthésiant comme un point blanc dans le noir de nos amertumes
diaphanes.
***
Sur le thème "Différence"...
Entre haïs et un thé.
Je bois, tu vois. Les rosées parme qui caramélisent
mes pensées. Je m'abreuve au gré des inepties passagères. Voyage
transcendantal que sale un peu cette harmonie qui nous fait défaut. Un
doigt seulement de spontanéité. Un verre d'acidité entre tes doigts
brunis. A cris de griffes. La mansuétude de nos effusions qui pleurent,
quelque part, en trahis et un thé. Tiraillent enfin mes zygomatiques.
Le soubresaut de l'hilarité. Pourquoi ces prunelles saphir étonnées ?
Du jade à tes lèvres moqueuses, dubitatives. Moue offusquée. Ne
rêvions-nous pas la folie lyrique et abêtissante de nos égratignures ?
Elles coagulent et nous muons.
Le rêveur de corps.
Je jette l'ancre où s'encre
Les rives mordorées des prunelles
Pleines d'extase, à mon pupitre de cancre
Sur lequel s'évapore la volupté accidentelle.
Sensuelle, belle même lorsque le rimmel coule de ses ailes bordant
l'éclipse de ses iris cristallisés. Je danse, j'avance, je feins de ne
rien voir et continue d'inventer des sortilèges le long de sa peau de
granit, où je calligraphie des runes au mystère enchanteur. Le long des
coteaux nus de sable, à peine revêtu de rochers, j'escarpe un dénivelé
et je m'égare le long d'une courbe nonchalante qui s'émeut avec
tendresse sous le soleil badin. La moue de ses lèvres coquelicot évoque
le supplice charmeur des bouderies qu'elle pourrait m'infliger.
J'enlace son buste lactescent, au port altier, et je contemple le
silence d'un soupir. Un dégradé de flammes s’érige, tout contre son
sein palpitant où se love le désir électrique et instable. Là, un bras
à la splendeur laiteuse qui se relève. Ici, une cuisse dentelée de
résille invisible que surplombe un triangle au mont interdit.
J'esquisse enfin quelques entrelacs évasifs pour ne devenir qu'un
simple créateur. Un simple rêveur de corps, gardien de statues
inanimées.
*** Sur le thème du corps pour un appel à texte...
Nadine
Le boulot, les gens, le métro. Je m’assois sur un strapontin. Il fait lourd et la fatigue s’accumule en valise sous mes yeux englués. Je réprime un bâillement. J’ai la flemme d’ouvrir le bouquin qui traîne au fond de ma sacoche depuis des semaines, et qui reste là en compagnon délaisser. Je suis un infidèle par nature, je n’aime pas les complications. J’évite les problèmes autant que cela peut m’arranger. Un fil de pensées m’envahit. La nostalgie de ce mariage raté, quand ma femme m’attendait sagement à la maison, préparant le repas. Elle m’embrassait alors furtivement, et me demandait si tout s’était bien passé. Si j’avais bien travaillé, si mon patron ne m’avait pas trop ennuyé, si j’avais bien bouclé tous mes dossiers. Si j’avais songé à demander mes congés en juillet car tel week-end on était invité chez sa mère, et que le reste du temps on serait en virée dans sa famille, et que je devais apprécier ce qu'ils avaient fait pour moi... Du silence, du calme. J’ai prié longtemps pour les connaître, si longtemps…
Au début, je répondais de façon détaillée afin de la rassurer. A force, mon dialogue devint monosyllabique. Oui, non. Les années défilant, je voyais toujours ce même visage, ce même corps, ces mêmes manies. On faisait l’amour toujours de la même façon, on partait en vacance tout le temps aux mêmes endroits, on dînait une fois par semaine dans le même restaurant. C’était devenu fade. Elle avait mis un point d’honneur sur sa carrière, et ne pouvait avoir d’enfant. J’étais aimant, attentionné, lui ramenais des bouquets de fleurs différents chaque dimanche avant l’entrecôte pommes frites. Oui, je l’aimais. On s’était connu par le biais d’amis, tout s’est enchaîné. Les rendez-vous, les baisers, les nuits sans fin sous la couette, puis les fiançailles, le mariage et… Ce fut tout. J’ai mis des années à réfléchir, à savoir quoi changer. A décortiquer ce qui me dérangeait.
Apparut alors Nadine. Un beau brin de fille. Brune aux yeux verts, plus jeune et incroyablement désirable. La candeur et la spontanéité incarnée, pleine de rêves, d’envie de voyage. Notre rencontre s’est faite sur un malentendu. Un dossier égaré. On l’avait envoyé me voir. En formation depuis quelques jours, elle s’était perdue. Serviable, j’optais pour devenir son guide.
Un café, des bavardages, des babillages. De la fraîcheur. Je pourrais user de stéréotypes pour en parler, comme le reste de ma vie, mais non. Elle était différente. C’est tout.
Elle me fit découvrir des choses insoupçonnées me frappant de plein fouet. Du plaisir à s’en damner. S’en damner ? Oui, et je pèse mes mots. Elle m’a descendue dans les bas fonds de l’âme humaine. La déchéance, la luxure sous toutes ses formes. Vous pouvez imaginer le pire, vous êtes encore loin du compte, mais je vous laisse vous faire une idée. Elle m’a tout pris, huit ans de mariage volé en éclat, et une vie décadente au possible. Puis je ne sais plus, je ne sais pas. J’ai ressenti une douleur intense mêlée à la jouissance suprême, dans ma nuque. Ensuite le trou noir. J’ai été porté disparu une semaine, avant que l’on me retrouve au fond d’un caniveau. Elle avait montré sa vraie nature, mais je ne me souviens plus bien. Juste de son visage pâle, de ses lèvres et de son kimono. J'ai longtemps prié pour connaître le calme et le silence. Ne me reste plus d’elle qu’un parfum éteint au creux d’un éventail en dentelle.
Dévoilée
Ils l'avaient séquestré dans son mutisme. Lapidé d’insultes, et de ces regards qui glacent l’ego fragile de l’hémoglobine. La couleur fade des pavés avait déteint sur le ciel, ou peut-être était ce la toile monochrome qui recouvrait leurs corps de pantins menaçants ? Des feuilles d’automne à la plissure des yeux, les bras ballants, elle semblait être un ectoplasme parmi le grondement. Parmi la vibration ultime du soubresaut colérique qui étreint les âmes pénibles et survoltées. De marbre et placide, elle leur montrerait à tous ! Que des corps empêtrés sur le sien tentent de lui arracher un cri, le moindre émoi ! Que les corbeaux au plumage fuligineux viennent lui arracher des orbites ses prunelles opaques ! Ses lèvres resteront scellées. Elle se déchaussa, ôta sa longue jupe sombre. Elle retira son chemisier souillé de boue. Elle dégrafa son soutien-gorge, et fit voler plus loin le reste de tissus qui recouvrait encore sa peau de porcelaine. Nue comme Ève, elle attendit. Patientant. Quand enfin… L’absolution !
Souillure
Le goût âcre de la souillure parfaite. Il l'avait fait pour moi. J'aimais ainsi frôler sa peau lorsqu'il dormait, laisser ma chevelure vagabonder sur son torse, et mordiller sa nuque jusqu'au sang. Parfois laisser la porte de la salle de bain ouverte pour qu'il m'y rejoigne, qu'il me reluque jusqu'à l'aversion. Chaque contour, chaque forme, chaque esquisse, chaque balancement de hanche... Pour moi et moi seule. J'aimais laisser traîner des photographies sur le lit, dans la cuisine et le salon sans pudeur aucune. Je sais qu'il les admirait quand je n'étais pas là, jusqu'à l'émotion. Il l'avait donc fait ce matin. Il avait ce sourire satisfait de quelqu'un qui avait atteint la perfection. Il avait mis son veston en cuir, vêtement fétiche des bons jours sur un jean délavé et crade. Souillé. Il a badigeonné d'essence la maison dans les moindres recoins en terminant par la salle de bain. Là, il vit mon reflet dans le miroir. Ma nudité le faisait bander. Il savait qu'il ne me reverrait plus. Plus jamais comme avant. La baraque a pris feu, et lui dedans.
Compagnie.
Quartier latin. Soirée fade, je titube contre vents et marées. Le flot continu et habituel de touristes qui égrènent les restaurants et autres lieux de beuverie. Je me sens nauséeux, sale, poisseux. Ma chemise blanche me colle à la peau, et je sens sur moi les relents de tabac froid, et de sueur. Je dépasse le théâtre de la huchette, puis je m’engouffre enfin dans le couloir frais dont l’escalier mène à mon appartement. J’ai les yeux rougis par la fatigue, et l’alcool. Je soupire, finissant par trouver la bonne clef ouvrant la porte sur mon antre. Un bordel innommable. Je jette ma veste dans un coin, déboutonne non sans mal ma chemise. Je m’apprête à prendre une douche bien méritée, lorsque mes yeux s’attardent sur le salon. Tout est propre, nickel chrome, rangé. Ce n’est pas normal, impossible même ! Si j’avais engagé une femme de ménage, je serais au courant. Mon regard finit par retomber sur le sofa. Elle est là. Je frissonne. Dans son écrin vermillon de rebelle gothique, elle me sourit. De son visage de porcelaine, aux yeux noircit de khôl. Elle n’est que sourire. Je la reconnais vaguement, mais sa présence me surprend tout en me rassurant. On dirait une geisha. Je reste béat, obnubilé par son sourire impassible. Une poupée. De vagues pensées malsaines me viennent à l'esprit. Mon pouls s'accélère, vague désir lubrique. Libidineux. Mon estomac se noue, se dénoue. Je cours aux toilettes. La souillure sur l’éclat laiteux.
|
|
|